Laurence Chavot-Villette, Directrice Associée de Quatre Vents, a présenté les résultats d’une étude menée par ses équipes auprès de 10 000 étudiants et jeunes diplômés. Décryptage des grandes tendances.
Quels canaux utilisent principalement les jeunes diplômés pour rechercher un emploi ?
En premier lieu, les sites de recrutement, le réseau et les candidatures spontanées. Ces trois approches sont finalement assez similaires car ils présupposent que l’on connaisse l’entreprise qui recrute. Les étudiants réfléchissent à leur futur employeur en amont, d’où la nécessité de les sensibiliser sur votre entreprise au plus tôt. Leur source principale d’information réside dans les moments de rencontre physique avec l’entreprise dont le forum de leur école par exemple. Bien plus que les réseaux virtuels, qui restent utilisés de manière très anecdotique pour le moment.
Quelles sont les actions des entreprises qui ont le plus d’impact ?
Que ce soit l’intervention dans un cours, des événements inter-écoles ou des amphithéâtres de présentation au sein de l’entreprise, une opération unique ne suffit pas. Il faut multiplier les actions pour se rendre désirable aux yeux des étudiants et surtout donner une vision vraie de ce qu’est l’entreprise. Par ailleurs, il ressort que lorsque les jeunes diplômés prennent leur décision pour leur premier emploi, ils ont besoin de contenu, de fond, d’informations qui donnent envie d’être un futur expert dans l’entreprise.
Quels sont les critères qui peuvent séduire un diplômé et quelles sont leurs attentes ?
Ce qui est déterminant, ce sont les missions confiées et le secteur d’activité, d’une part, mais aussi l’ambiance de travail perçue et la localisation géographique d’autre part. Il est rassurant de constater que ces premiers gardent de l’importance, car ce n’est pas modifiable du jour au lendemain pour une entreprise. Pour ce qui est de l’ambiance de travail, c’est totalement subjectif et irrationnel. Ce qu’un étudiant en sait est souvent basé sur le témoignage de seulement trois ou quatre personnes dont celles qui seront venues faire des présentations dans leur école. Il est donc important de bien choisir ces intervenants, car le buzz est d’autant plus important en école qu’il peut être négatif. L’équilibre vie professionnelle - vie personnelle ensuite est prédominant et cela est d’autant plus vrai chez les sondés déjà en poste. Les ingénieurs sont d’ailleurs plus attentifs à la localisation que les étudiants en école de commerce, qui sont davantage sensibles aux missions confiées et au prestige de l’entreprise.
Quels sont les avantages auxquels ces cibles sont sensibles ?
En premier lieu, ils regardent les opportunités de carrière (surtout en école de commerce) et la flexibilité des horaires de travail (surtout en école d’ingénieur). La capacité des entreprises à offrir une carrière à l’international reste importante même si cela est un peu lié aux tendances des écoles, qui poussent à partir à l’étranger pour plusieurs semestres. Quand les jeunes diplômés affirment vouloir aller à l’étranger, c’est donc surtout pour prolonger des aventures humaines. Cette envie s’essouffle généralement au bout de deux ou trois ans, car on a bâti une vie et il est plus difficile « de faire ses valises ».
Quelles sont les difficultés rencontrées ?
On leur demande constamment d’avoir de l’expérience. Or, par définition, ils n’en ont pas. Par ailleurs, ils ignorent souvent quelles sont les entreprises intéressées par leur profil. Malgré toutes les opérations de communication qu’elles déploient, elles restent confrontées à une certaine immaturité de la cible.
Ont-ils des objectifs professionnels à trois ans ?
Oui. Ils souhaitent, pour 67% d’entre eux, un bon équilibre vie professionnelle-vie personnelle. Il y a dix ans, ce sujet était encore tabou. Il s’agit d’une tendance sociétale lourde dans notre pays. Aujourd’hui, c’est un pré-requis. Les candidats vous parlent en entretiens d’embauche d’horaires de travail, de RTT … Parmi les autres objectifs, on
retrouve bien sûr une forte rémunération (surtout en école de commerce) et le fait d’être autonome dans ses projets. L’entrepreneuriat reste, par contre, une notion mineure en France.
Quel message, finalement, cela adresse-t-il aux entreprises ?
Les étudiants et jeunes diplômés sont très sollicités. Vous le savez, mais ils le savent aussi. Vous devez donc travailler sur le fond, vous inscrire dans la durée, et dans des opérations de proximité. L’ambiance perçue est très importante : faites donc connaître votre entreprise grâce à des collaborateurs bien préparés et des contacts récurrents !